vendredi 6 décembre 2013

Le chaos du Moyen-Orient n'a rien à voir avec les implantations.


Lors d'une interview de Charles Gati pour le magazine Politico, Zbigniew Brzezinski, l'ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter, vient de prouver à nouveau la profondeur de sa foi religieuse.
Il rend grâce à son culte dans l'Église du "Linkage" (1), qui tient la politique d'implantation d'Israël en Cisjordanie pour la cause première de l'instabilité au Moyen-Orient et pour l'une des causes principales, sinon la première, des difficultés des États-Unis avec le monde musulman.

Avant de poursuivre, voici la profession de foi de cette Eglise : les projets d'implantation, en particulier ces implantations éloignées de Jérusalem qui ont été plantées en plein milieu de zones abondamment peuplées par les Palestiniens, constitue un désastre stratégique et moral pour Israël. Les implantations doivent être démantelées. Elles menacent la réputation d'Israël dans le monde ; elles menacent de saper les bases de l'identité et des finalités d'Israël. Etc. J'ai déjà écrit sur le sujet de la menace induite par les implantations, au prix d'un grand effort.

Mais il est dangereux de croire que l'élimination des implantations ferait naitre un Moyen-Orient plus libre et éclairé. La difficulté se situe au niveau de l'analyse : si on ne comprend pas la nature du mal qui ronge le Moyen-Orient, comment lui trouver un remède ? Il est dangereux de faire d'Israël le bouc émissaire d'un problème dont il n'est pas la cause, comme il est dangereux de blâmer le peuple juif pour des problèmes auxquels il est étranger. L'origine polonaise de Brzezinski fournit des leçons, de ce point de vue.

Brzezinski a éprouvé des sentiments violents pour Israël pendant des années, et il a été cohérent avec lui-même en suggérant d'attribuer aux Juifs américains davantage de pouvoir politique. Dans Politico, il affirme d'un bloc, c'est-à-dire sans donner de preuves pour étayer ses assertions, que « la communauté juive est la communauté politique la plus active de la société américaine. »

Voici ce qu'a dit Brzezinski à Politico de l'incapacité de Barak Obama d'imposer par la force à Israël un gel permanent de ses implantations : "à un moment critique, il n'a pas su faire savoir qui il était, il n'a pas su forcer la décision. Il parlait ouvertement et avec beaucoup de sensibilité des implantations, mais en situation de confrontation avec Netanyahou, il finissait par s'incliner. C'est ce qui a significativement contribué au chaos que nous avons à présent au Moyen-Orient."
Brzezinski fait allusions à l'une des premières confrontations avec Netanyahou. Au début de son premier mandat, le président Obama demanda à Israël d'interrompre les constructions dans les implantations pour contribuer à instaurer un climat de confiance favorable à l'avancement des négociations de paix. Israël céda en partie, mais seulement en partie, et quand les constructions reprirent, Obama donna de la voix mais ne fit rien de concret pour modifier le comportement d'Israël.

Obama commit l'erreur de formuler sa demande en public à un allié (et un client). Il n'avait donc pas de Plan B à sa disposition quand cet allié a refusé de l'écouter. Netanyahou n'a pas voulu faire marche arrière sur les implantations. Cette volonté qui a marqué sa carrière, mais qui relève aussi d'autres facteurs (dans son gouvernement de coalition la poids des habitants des implantations et de leurs partisans  est disproportionné), a porté un coup à Israël. Mais cela a-t-il réellement, comme le prétend Brzezinski "contribué significativement au chaos généralisé que nous avons à présent au Moyen-Orient ?"

Regardons le Moyen-Orient tel qu'il est aujourd'hui. Voici un catalogue partiel des phénomènes qui peuvent illustrer de façon plausible l'idée que le Moyen-Orient est dans un « chaos généralisé ».

1. Les tensions sur le programme nucléaire de l'Iran. Les implantations juives n'incitent pas les dirigeants iraniens à construire les infrastructures d'un programme nucléaire militaire. Leurs ambitions régionales, la peur de la domination américaine, un désir de contrebalancer l'Arabie Saoudite et l'opposition à l'existence Israël (comme réponse à sa politique d'implantation), tout cela a contribué en même temps à la définiton de la politique nucléaire de l'Iran.

2. Les gouvernements d'Arabie Saoudite, du Koweït, du Bahreïn, des Émirats arabes unis, de la Jordanie et de l'Égypte, éprouvent une immense colère à l'égard des États-Unis. Alors que ces gouvernements appuient du bout des lèvres la cause des Palestiniens, la raison de leur colère actuelle à l'endroit des États-Unis est à trouver dans la décision de l'administration Obama de négocier avec l'Iran.

3. La guerre civile syrienne au cours de laquelle plus de 100.000 personnes ont perdu la vie. Il n'apparaît pas possible d'établir un lien entre le cataclysme syrien et la politique d'Israël en Cisjordanie, ou avec l'incapacité d'Obama de la mettre au défi.

4. Le schisme régional global entre les musulmans sunnites et chiites, se manifeste dans la violence et le désordre, non seulement en Syrie mais aussi au Liban, au Bahreïn, en Irak, et au-delà du Moyen-Orient au Pakistan. Ce schisme ne semble pas être causé par les implantations.

5. Le lent effondrement, dans une violence horrible, de l'État central en Irak. Un gel des implantations en Cisjordanie n'empêcherait pas la dissolution de l'Irak.

6. L'instabilité politique permanente et la violence en Égypte. Les tensions entre les partisans des Frères musulmans, les avocats du libéralisme, et l'armée égyptienne, ne seraient pas améliorées par un gel des implantations. Le renversement de l'ancien président Hosni Moubarak ne provient pas de l'échec d'Obama dans sa confrontation avec les implantations. Les implantations n'ont pas non plus été le déclencheur du coup d'État lancé contre les Frères musulmans de Mohamed Morsi.

7. L'effondrement de la Libye dans le gangstérisme et le chaos. La guerre civile qui a conduit à l'éviction et à la mort de Mouammar Kadhafi n'a pas été provoqué par les implantations. Pas plus que l'attaque fatale contre le consulat américain à Benghazi. Il est difficile d'imaginer par quel mécanisme un gel des implantations en Cisjordanie aurait pu stabiliser la Libye.

8. La prolifération, de la Somalie au Yémen à la Syrie au Pakistan, et aux groupes affiliés à Al Qaïda ou inspirés par elle. Les implantations n'ont pas "contribué significativement" à la persistance de l'activité d'Al Qaïda. On peut soutenir que l'existence d'un État juif au Moyen-Orient et l'une des sources de colère des partisans d'Al Qaïda. Mais un gel des implantations, comme alternative à l'élimination d'Israël, ne modifierait pas la vision des terroristes sunnites radicaux. On peut aussi soutenir que l'annihilation d'Israël renforcerait le terrorisme radical en lui faisant croire qu'il est à deux doigts de l'établissement d'un califat mondial.

9. La misogynie pathologique appauvrit les vies de millions de personnes et affaiblit les pays musulmans en leur interdisant d'exploiter les facultés intellectuelles des femmes. Un gel des implantations ne permettrait pas d'enclencher une libération des femmes à grande échelle.

10. Les persécutions des chrétiens dans une dizaine de pays du monde musulman pourraient conduire à l'éradication de ces communautés antiques. Ces persécutions ne sont pas provoquées par l'intransigeance de Netanyahou sur les implantations.
On pourrait poursuivre. J'ai négligé de mentionner des questions comme l'illettrisme, les pénuries d'eau, la corruption, la stagnation de l'éducation, la torture et la suppression de la liberté d'expression, qui contribuent toutes à l'instabilité générale du Moyen-Orient. La volonté de théoriciens éminents de la politique étrangère comme Brzezinski de faire de l'État juif le bouc émissaire de ces problèmes auxquels il est étranger, est un signe dangereux de myopie politique. 

Note du traducteur

La théorie du "linkage" affirme que le règlement du conflit israélo-arabe, et plus particulièrement du conflit israélo-palestinien est la clé qui permettrait de solutionner les vastes problèmes du Moyen-Orient.

Titre original : Middle East Mess Isn't About Settlements
par Jeffrey Goldberg, Bloomberg, le 2 décembre 2013.
Traduction : Jean-Pierre Bensimon

3 commentaires:

  1. Les faits sont têtus ;
    et toute la machine de propagande que la pensée unique nous impose ne changera rien aux faits.

    LES FAITS

    La terreur islamique est planétaire !

    Au nom du jihad de mort ("guerre sainte" islamique), les actions terroristes sont menées par des intégristes religieux contre notre civilisation judéo-chrétienne. Ils appliquent le Coran et les Hadiths. Ces bestials bouchers barbares mènent un combat planétaire, attaquant tantôt en Algérie, au Maroc, au Liban, en Syrie, en Israël, au Mali, en Inde, au Pakistan, tantôt aux États-Unis, parfois en Afrique ou en Europe, et en Amérique du sud, semant la mort, le carnage, la désolation. Pas un continent n'est épargné.
    Pensez-vous (ne serait-ce qu'une seconde !) que la cause de cette guerre disparaîtrait si la paix en Israël était signée, ou si Israël disparaissait ?

    - Moi non plus.

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  2. Les faits sont têtus ;
    et toute la machine de propagande que la pensée unique nous impose ne changera rien aux faits.

    LES FAITS

    La terreur islamique est planétaire !

    Au nom du jihad de mort ("guerre sainte" islamique), les actions terroristes sont menées par des intégristes religieux contre notre civilisation judéo-chrétienne. Ils appliquent le Coran et les Hadiths. Ces bestials bouchers barbares mènent un combat planétaire, attaquant tantôt en Algérie, au Maroc, au Liban, en Syrie, en Israël, au Mali, en Inde, au Pakistan, tantôt aux États-Unis, parfois en Afrique ou en Europe, et en Amérique du sud, semant la mort, le carnage, la désolation. Pas un continent n'est épargné.
    Pensez-vous (ne serait-ce qu'une seconde !) que la cause de cette guerre disparaîtrait si la paix en Israël était signée, ou si Israël disparaissait ?

    - Moi non plus.

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  3. C'est un excellent article, il faut savoir et publier, autant que possible, que Zbigniew Brzezinski est l'actuel instigateur / idéologue de la politique actuel d'Obama vis à vis de l'Iran. Dans cette interview de Charlie Rose (avec Kissinger et Brent Scowcroft) de minute 32:52 à 35:10, Brzezinski décrit sa proposition de politique vis à vis de l'Iran... qui ressemble "étrangement" à la politique de Obama.
    DONC plus encore les implantations c'est sur L'IRAN que Brzezinski fera des dégâts.
    http://www.youtube.com/watch?v=nzIcbhT6AMg

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