samedi 7 décembre 2013

L'Iran a eu ce qu'il a voulu. C'est à présent le tour des Palestiniens

Résumé : L'accord de Genève du 24 novembre avec l'Iran semble bien n'avoir été qu'un grand spectacle diplomatique exclusivement destiné à empêcher Israël de frapper l'Iran. Cette grande réalisation de la présidence Obama pourrait être parachevée demain par des pressions dantesques pour forcer un recul israélien, suicidaire encore, dans le conflit avec les Palestiniens.

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Dans la vision du monde biscornue de Barack Obama, le problème qui prend le pas sur tous les autres dans le dossier du programme nucléaire iranien, c'est la menace d'une attaque israélienne. Cette éventualité serait pour lui une catastrophe. Son "rapprochement" de l'Iran couvrira tout son mandat, lui qui a négocié avec ce pays pendant plus d'un an, au nez et à la barbe des présumés alliés des États-Unis. Après le retrait total des forces américaines d'Irak, et alors que celui d'Afghanistan presque terminé, un nouveau conflit d'importance dans la région devait être absolument évité, un scénario qui pouvait être précipité par une attaque israélienne entrainant à nouveau l'Amérique dans le combat.

L'accord annoncé le mois dernier à Genève est un retour en arrière par rapport au Traité de non prolifération nucléaire signé par l'Iran, et une multitude de résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui interdisaient à Téhéran d'enrichir le minerai d'uranium. Cet accord ne l'empêchera pas d'obtenir un armement nucléaire. Il n'instaurera la soi-disant "période de pause" que pour quelques semaines. Aux termes de l'accord, rien n'empêche l'Iran de continuer à enrichir l'uranium, rien ne l'oblige à exporter ses stocks d'uranium enrichi, pas une de ses presque 20 000 centrifugeuses ne sera neutralisée ou détruite, et rien ne freinera sa progression dans la militarisation de son programme nucléaire dans des sites que les nations du groupe P5+1 ignorent, et qu'ils n'inspecteront ont donc pas. Couplé à un allégement des sanctions et à la ruée des entreprises étrangères désireuses d'être les premières à investir dans le "nouvel Iran désormais fréquentable", c'est une excellente affaire pour l'Iran. Selon Al Arabiya, un partenariat entre les chambres de commerce iraniennes et américaines est à l'œuvre, et une reprise des liaisons aériennes entre les deux pays se profile. Que va-t-il se passer d'autre ? Le président Hassan Rouhani sera-t-il invité à s'asseoir aux côtés de la première dame lors du discours sur l'État de l'Union, et lui demandera-t-on de lui faire la révérence ?

On peut penser qu'un accord si démesurément favorable à l'Iran -fin de son isolement international, attribution de milliards de dollars au titre de l'allégement des sanctions, protection de ses droits et de son programme nucléaire- serait considéré comme un mauvais accord aux États-Unis. Mais pour Obama, c'est quand même un bon accord parce qu'il conduit à la quasi certitude qu'Israël ne frappera pas l'Iran au cours de la période de six mois prévue par la transaction initiale.

Nous avons appris cette semaine que cette période de six mois n'a même pas encore commencé, parce qu'il y aurait des "détails" à régler entre les parties, en réalité à cause de la demande iranienne de concessions supplémentaires avant la véritable signature d'un accord. Le porte-parole du Département d'État a estimé cette semaine que la période de six mois devrait commencer en janvier, ce qui signifie que l'Iran s'est octroyé deux mois de plus dans sa poursuite sans aucune restriction, et sans nouvelles sanctions, de ses activités nucléaires. Cela lui fera au moins huit mois au total où elle n'aura à craindre ni une action israélienne, ni certainement  la moindre sanction supplémentaire de l'Amérique.

Certains chapitres de l'accord prétendument historique sont aussi en train de se disloquer. Des responsables américains ont admis que l'interruption d'activité du réacteur à eau lourde d'Arak ne serait pas totale. Naturellement, depuis que le mensonge est devenu endémique à la Maison-Blanche, l'assurance donnée par John Kerry que le droit à l'enrichissement n'avait pas été reconnu à l'Iran par le groupe P5+1 est totalement démentie, le texte de l'accord révélant que ce droit y est consigné, sous réserve de détails à préciser.

Dans le cas où Israël n'aurait pas compris le message, ou si des Israéliens étaient assez fous pour imaginer qu'ils conservaient une liberté d'action quelconque dans ce dossier, le ministre des affaires étrangères britanniques, William Hague, a fait savoir clairement cette semaine que tout acte d'indépendance serait sévèrement désapprouvé.

"Nous voulons dissuader quiconque, Israël y compris, de prendre une quelconque initiative qui pourrait compromettre cet accord, et nous tenons à le faire savoir très clairement à tous ceux qui sont concernés," a déclaré Hague devant le parlement et il a souligné que la Grande-Bretagne se tiendrait "sur ses gardes." Les Britanniques, aux côtés des États-Unis, sont à présent devenus les protecteurs du programme nucléaire de l'Iran. L'accord signé n'est pas destiné à empêcher l'Iran d'obtenir des armes nucléaires. Il ne constitue pas plus l'amorce d'une politique de "containment" (1) si l'Iran en détenait. C'est plutôt un message de bienvenue dans le club nucléaire sous la forme d'une garantie de sécurité occidentale.

Tous les présidents prennent soin de l'héritage qu'ils laisseront, et de la façon dont ils seront jugés par les historiens. Cependant, aucun d'entre eux ne semble avoir été aussi fièrement préoccupé par son legs aux générations futures qu'Obama, puisqu'il a tenté d'en donner un échantillon avant même d'être nominé en 2008 ! Ce legs, tel qu'il l'a présenté à un public de plusieurs de centaines de milliers de Berlinois haletants et politiquement intoxiqués en juin 2008, comportait de glorieuses réussites, comme la guérison des plaies de la planète, et la fin de la montée des océans. De telles promesses ont encouragé les jurys d'Oslo à lui accorder le prix Nobel de la paix avant même qu'il ne prenne ses fonctions, une manière de "mettre la charrue avant les bœufs" pour le dire ainsi.

A un niveau politique le plus proche du commun des mortels, Obama s'est largement focalisé sur deux objectifs politiques, l'un en politique intérieure, l'autre en politique étrangère. L'objectif intérieur était d'introduire en Amérique un système universel d'assurance-santé. La Loi sur les Soins de santé pour tous (Affordable Care Act ou Obamacare), adoptée au début 2010 grâce à un vote strictement partisan (2) était une potion magique permettant la réalisation de l'objectif intérieur du président. Malheureusement, l'extraordinaire incompétence de la branche exécutive est apparue au grand jour avec le processus d'inscription entamé en octobre et les mensonges réitérés sur l'impact de cette législation (des millions d'Américains en ont eu la preuve quand ils ont commencé à recevoir des avis d'annulation de leur compagnie d'assurance). Il y a eu une grave confusion à la Maison-Blanche, le taux d'approbation du président chutant à 40 %, le niveau le plus bas depuis qu'Obama est en fonction.

Il est devenu de plus en plus clair que l'Iran a focalisé l'attention de l'administration de façon obsessionnelle dès le début, et que son objectif n'était pas d'empêcher l'Iran d'obtenir des armes nucléaires, mais plutôt de mettre un terme à son isolement international et de promouvoir un rapprochement américano-iranien. Lee Smith a résumé de cette façon ce qui s'est passé :
"Que l'Iran obtienne ou pas des armes nucléaires était une question secondaire, si c'était même une question. Après tout, dans un monde plus équitable, si Israël à des armes nucléaires pourquoi l'Iran n'en n'aurait-il pas. N'est-pas une nation plus vaste et plus importante sur la scène mondiale (l'une des sept puissances mondiales aurait assuré John Kerry à ses interlocuteurs iraniens le dernier week-end) ?"
Obama a appelé Benjamin Netanyahou une fois obtenu l'accord avec l'Iran, dans la nuit du samedi précédent. Mais plutôt que d'essayer de rassurer les Israéliens, le message du président semble avoir été de demander au premier ministre israélien de mettre ses récriminations en sourdine dans la mesure où le mécontentement de Jérusalem pourrait lui rendre la vie plus difficile avec le Congrès.

Les relations de l'Amérique avec Israël depuis les années Obama se sont focalisées sur deux sujets: empêcher l'Iran de se doter du nucléaire (le désir d'Israël) et forcer un accord entre Israël et les Palestiniens (le désir de Obama). Si Israël est visiblement mécontent de l'accord américain avec l'Iran, qu'est-ce que cela peut annoncer pour le dossier israélo-palestinien ?

Jonathan Freeland, le violent critique d'Israël en poste au Guardian, pense qu'il est temps à présent qu'Obama accroîsse ses pressions sur Israël pour arriver à un accord final avec les Palestiniens. Freeland, son journal, le New York Times, Obama lui-même, et les autres "grands esprits" avec lesquels le président discute de grande stratégie- Valerie Jarrett, Tom Friedman, et David Ignatius entre autres -sont tous convaincus que rien n'empêchait un accord dans le passé si ce n'est l'intransigeance des Israéliens
(sur laquelle certains d'entre eux savent s'étendre) et la politique d'implantations. C'est le moment d'une nouvelle tentative pour briser les os d'Israël (tout cela pour son bien naturellement comme le soutiennent ceux qui poussent justement à lui briser les os).

Je ne crois pas à l'hypothèse selon laquelle Obama donnera du temps à Israël pour soigner ses blessures. C'est un président qui était déterminé
dès sa prise de fonctions à réduire l'influence de la communauté pro israélienne aux États-Unis et à "rééquilibrer" les relations entre Israël et ses voisins, l'Iran et les Palestiniens. Rééquilibrer signifie naturellement  dans ce cas affaiblir la position stratégique d'Israël puisque sa puissance relative est perçue comme inéquitable. Une partie de sa puissance (et de ses richesses) doit être redistribuée.

Le président, un individu narcissique jusqu'au bout des ongles, doit penser qu'il est dans le vrai sur le Moyen-Orient. Ces jours-ci, la presse lui est certainement plus favorable sur ce front que sur la réforme de la santé. Sur son élan, il pourrait bien penser qu'il est temps de donner un grand coup de boutoir au soi-disant "processus de paix", ou plutôt d'assener un nouveau coup de boutoir à Israël. S'il a besoin d'un homme de mains pour faire le travail, il peut compter sur John Kerry. Il reprendra encore une fois du service.

Note du traducteur:
(1) Le containment consiste à parer aux velléité bellicistes d'une puissance conquérante en lui opposant la force armée quand il développe des initiatives  expansionnistes.
(2) Aux États-Unis, le Congrès passe des compromis en son sein, qui conduisent les deux grand partis à voter ensemble les projets de loi. Si un vote oppose frontalement un parti contre l'autre, il est "strictement partisan".

Titre original : Iran is happy. Next up: The Palestinians
par Richard Baehr, Israel Hayom, le 1 décembre 2013
Traduction : Jean-Pierre Bensimon

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