mercredi 19 mars 2014

Selon Ya'alon, Israël ne peut pas compter sur une Amérique "faible" pour régler le problème de l'Iran

Téhéran a roulé l'Occident dans la farine du "bazar persan" a déclaré le ministre de la défense, critiquant violemment Obama pour avoir étalé sa faiblesse dans le monde entier, au risque d'un regain du terrorisme dans son pays.

Le ministre de la défense Moshé Ya'alon s'est livré lundi dernier, à une critique acerbe de l'administration Obama, déclarant qu'Israël ne pouvait pas compter sur les États-Unis pour faire échec au programme nucléaire de l'Iran. Il a souligné que l'attitude générale américaine était perçue comme de la faiblesse, et constituait une invitation au terrorisme contre des cibles américaines.

Parlant à l'université de Tel-Aviv lors d'un événement dont le quotidien Haaretz a publié un compte rendu, Ya'alon a déclaré qu'Israël ne pouvait pas s'en remettre à l'administration Obama pour conduire l'action contre le programme nucléaire iranien, et qu'Israël ne pouvait compter que sur lui-même. Israël avait cru que "les États-Unis seuls étaient habilités à conduire une campagne contre l'Iran," mais qu'en fait, "à un certain stade des négociations, malheureusement, le bazar persan des Iraniens a pris le dessus." Donc, "nous autres (Israéliens) devons nous en remettre à nous-mêmes."
Le réacteur à eau lourde d'Arak, un échantillon des intentions nucléaires de l'Iran

Le cabinet de Ya'alon a confirmé ses remarques sur l'Iran, mais il a refusé de dire si le ministre de la défense prenait parti pour une frappe israélienne contre l'Iran. On avait beaucoup écrit dans la presse que Ya'alon était opposé à l'implication d'Israël dans un recours à la force contre l'Iran. Or le compte rendu de Haaretz concluait de ses allégations de dimanche, que ses positions avaient évolué et qu'il était maintenant enclin à soutenir une intervention militaire israélienne en Iran.

Selon le compte rendu de ses propos de dimanche, Ya'alon affirmait séchement que "l'Iran est en train de duper le monde entier" sur son programme nucléaire, mais que l'Occident préfére remettre à plus tard une confrontation, "à l'année suivante, au mandat suivant ; mais en fin de compte tout va exploser." Les Iraniens étaient "à terre" sous l'effet des sanctions et de l'isolement diplomatique. Mais accusa Ya'alon, on lui a permis de reprendre son souffle. L'accord intérimaire signé à Genève en novembre "est providentiel pour les Iraniens" car il leur ouvre la voie vers le statut d'État du seuil, "avec la possibilité de faire une percée vers la bombe quand ils le voudront." 

Les déclarations de Ya'alon coïncide avec le début d'un nouveau cycle de négociations, à Vienne, sur le programme nucléaire controversé de l'Iran. L'Iran nie qu'il veut obtenir des armes nucléaires. Dimanche, le ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Jawad Zarif, prédisait que les négociations programmée pour mardi et mercredi n'aboutiront pas à un accord définitif. L'accord intérimaire signé en novembre limitait l'enrichissement de l'uranium pendant les six mois suivants, en contrepartie d'un allégement de sanctions non essentielles par l'Occident.

Ya'alon en est venu à une critique plus générale de l'administration Obama en soulignant à plusieurs reprises que les États-Unis prenaient une posture de faiblesse dans toutes les régions du monde. "Le camp sunnite [au Moyen-Orient] croyait que les États-Unis le soutiendrait, et qu'ils seraient aussi déterminés que la Russie avec l'axe chiite,…, j'ai été témoin de la déception de la région. J'étais à Singapour et j'ai observé la même déception devant le renforcement de la Chine et l'affaiblissement des États-Unis. Regardez ce qui arrive en Ukraine ; cela me cause du chagrin, mais les États-Unis font une démonstration de faiblesse.»

Ya'alon, un ancien chef d'état-major de l'armée israélienne, poursuivit : si les États-Unis continuent à manifester de la faiblesse dans les affaires internationales, il vont causer de graves dommages à leur sécurité nationale. "Si vous restez chez vous à attendre, le terrorisme vous rendra visite, à nouveau,… C'est une guerre de civilisations. Cela ne payent certainement pas dans le monde d'être perçu comme faible. J'espère que les États-Unis vont s'affirmer."

Réponse d'un responsable de l'administration Obama rapportée par Michael Wilner, Jerusalem Post, 19 mars 2014 : 

"Nous sommes choqués par les commentaires de Moshe Ya'alon qui mettent sérieusement en question son engagement dans la relation entre Israël et les États-Unis, après des semaines de critique du président Barack Obama et des membres de son équipe de politique étrangère. De plus, c'est l'expression préoccupante d'une attitude systématique où le ministre de la défense dénigre l'administration américaine et insulte ses plus hauts responsables... Vu l'engagement sans précédent de cette administration en faveur de la sécurité d'Israël, nous sommes particulièrement perplexes sur les raisons qui poussent le ministre de la défense à tenter de saper cette relation."

Commentaire: 
Il y a un fossé profond entre Israël et les États-Unis sur la question du programme nucléaire iranien. L'ouverture d'un cycle de négociations du Groupe 5+1 avec l'Iran (à Vienne les mardi et mercredi 18/19 mars) attise les divergences, avec leurs implications. Du coté américain la recherche d'un grand "deal" avec l'Iran en lui reconnaissant un rôle de puissance régionale. Du coté israélien (et Arabe sunnite) le risque de la destruction pure et simple sous les coups de boutoir d'un régime khomeyniste expansionniste et terroriste, déjà engagé dans toutes les guerres de la Région, qui serait doté de l'arme suprême. 

L'administration Obama qui a exclu tout emploi de la force se contenterait volontiers, dans cette négociation, du gel du programme iranien en l'état. Or l'Iran est d'ores et déjà un État du "seuil", c'est-à-dire que selon le rapport de janvier 2014 de M. James R.Clapper, le directeur du renseignement national des États-Unis, l'Iran peut décider de produire une bombe dès qu'elle le voudra.

Face à cette menace sur sa survie, Israël veut absolument obtenir  le démantèlement du programme iranien, c'est-à-dire l'impossibilité pour le régime khomeyniste d'obtenir une bombe en quelques semaines. D'où la critique extrêmement ferme du ministre Ya'alon. D'où aussi l'accent mis sur le péril d'une Amérique pleine d'illusions, qui croit pouvoir contenir les forces bellicistes du monde par le rapprochement, la discussion et la diplomatie. 

Si vous n'allez pas déloger chez eux les terroristes, ils viendront vous voir chez vous, et votre sécurité sera en cause dit à peu près Moshe Ya'alon aux Américains. On retrouve ici le fameux échange entre Julien Freund et Jean Hyppolite, deux maîtres de la philosophie politique française du siècle précédent. 

Jean Hyppolite avait dit avec dépit :« Sur la question de la catégorie de l'ami-ennemi, si vous avez vraiment raison, il ne me reste plus qu'à aller cultiver mon jardin. ».
A quoi Julien Freund répliqua : « ... vous pensez que c'est vous qui désignez l'ennemi, comme tous les pacifistes. Du moment que nous ne voulons pas d'ennemis, nous n'en aurons pas, raisonnez-vous. Or c'est l'ennemi qui vous désigne. Et s'il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d'amitiés. Du moment qu'il veut que vous soyez son ennemi, vous l'êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin. » 

Une magistrale leçon française que Barack Obama et ses collaborateurs auraient dû étudier avant de se plonger dans l'arène internationale avec des idées courtes.

Times of Israel, Editorial du 18 mars 2013
Traduction et commentaire : Jean-Pierre Bensimon 

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