dimanche 19 octobre 2014

Mais où est passée la « centralité » du conflit israélo-palestinien ?

Curieusement, dans son discours du 1er octobre à l'ONU, Obama a ridiculisé la vieille théorie qui accuse Israël de déstabiliser le Proche-Orient et de compromettre la paix mondiale, faute d'une solution à son conflit avec les Palestiniens.
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L'an dernier, avec ses gros sabots, Laurent Fabius reprenait à Ramallah l'antienne favorite : « il demeure que la question israélo-palestinienne est une, et peut être la question centrale de la région… », suivi de François Hollande à Paris :"j’ai bien conscience que rien de solide ne pourra se faire sans que le conflit israélo-palestinien n’ait été réglé." Israël, et son défi aux Arabes, comme cause de l'instabilité du Moyen-Orient, et par contagion, du monde entier, c'est l’un des vieux thèmes officiels de la propagande anti israélienne qui devait conduire en 2003, 59% des Européens à faire d'Israël "la menace la plus sérieuse pour la paix du monde." (Sondage Eurobaromètre)

Obama avait aussi présenté le conflit israélo-arabe comme "une source majeure d’instabilité depuis trop longtemps," et au plus haut de la tension avec Jérusalem, il avait autorisé ses deux bras droits, Hillary Clinton et le général David Petraeus, à affirmer que "les soldats américains risquent leur vie en Irak et en Afghanistan parce que le problème palestinien n'a pas été résolu." 

Était-on si loin des thèses nazies imputant aux Juifs la responsabilité des guerres? Dans la version prisée à Paris Israël était le chiffon rouge attisant le choc des civilisations avec l’islam, avec tous ses risques pour l’Occident. Le journaliste anglais Douglas Murray s'indignait de cette rhétorique accusatrice et stupide : « Rarement dans l’histoire diplomatique, quelque chose d’aussi faux a été véhiculé par tant de gens, pendant aussi longtemps. »

Et voila qu'une révolution conceptuelle vient de dissiper une vérité si profondément ancrée. Dans son discours devant l'assemblée générale de l'ONU, le 1er octobre dernier, Barack Obama a asséné : "La situation en Irak, en Syrie et en Libye doit guérir tout le monde de l'illusion que le conflit israélo-arabe est la principale source des problèmes de la région. Depuis trop longtemps on en a fait une excuse pour détourner les gens des problèmes intérieurs.

La surprise a été grande. Des idées enfin censées étaient exprimées à la tribune de l’ONU, par l’un des présidents américains les moins bien disposés à l’endroit d’Israël. 

Peut-être avait-il les raisons du politicien qui voit approcher les élections de midterm. Peut-être voulait-il relativiser son incapacité personnelle  d’apporter une solution, après la cuisante débâcle de  John Kerry  ? Peut-être se rendait-il compte de la gravité de la menace d’extension à l’Europe et aux États-Unis du chaos actuel au Moyen-Orient, et du péril à masquer ce problème majeur derrière le conflit israélo-palestinien, un différend annexe au regard de la chaudière allumée par les djihadistes.

Les grands théoriciens de la « centralité » du conflit israélo-palestinien, Fabius, Védrine, Villepin, le Quai d’Orsay dans son ensemble, n’ont pas commenté cette déclaration ravageuse d’Obama.

En tout état de cause, ces paroles solennelles prononcées dans l’enceinte de l’ONU resteront, et il faudra en tenir compte.


Mais où est passée la « centralité » du conflit israélo-palestinien ?
par Jean-Pierre Bensimon
Pour un autre regard sur le Proche-Orient n°15 Octobre 2014

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