mardi 27 octobre 2015

Introduction à la complexité: Israël et ses multiples adversaires palestiniens

Israël est face à des Palestiniens très profondément divisés et soumis à de puissantes influences extérieures. Avec l'effacement progressif de Mahmoud Abbas, ils offrent un tableau pré-chaotique à Gaza, dans les anciennes Judée et Samarie, et à Jérusalem, au cœur d'Israël. Dans une situation aussi complexe, la maîtrise ne peut résulter que d'un dosage subtil de la force et de la politique. Le texte ci-dessous d'Alex Fishman en est une illustration


Quand les hauts responsables de la sécurité palestinienne veulent se moquer de leurs collègues israéliens, ils leur rappellent qu'à l'intérieur de Qalandiya, une zone contrôlée par Israël, il y a au moins 400 fusils M 16. Ce chiffre ne prend pas en compte d'autres armes, des fusils, des explosifs et des grenades, qui sont entre les mains des groupes militants locaux. Certains de ces groupes sont affiliés au Tanzim du Fatah, d'autres sont liés à diverses organisations, d'autres encore appartiennent à des réseaux criminels. Les uns et les autres agissent dans un no man's land où aucune loi ne s'applique.

Ces militants ne sont pas gênés d'apparaître devant une caméra, celle de la deuxième chaîne par exemple. De même, ils n'ont pas hésité le moins du monde à ouvrir le feu sur l'armée israélienne venue à Qalandiya samedi dernier pour arrêter un homme qui avait déjà passé un an et demi en prison.

"Alors, voulez-vous aller vous-mêmes leur retirer leurs armes, ou voulez-vous nous laisser cette charge, à nous? " répondait un officier de sécurité israélien en colère à ceux qui accusait l'armée de baisser les bras et de ne rien faire. Cela signifie que les forces israéliennes de sécurité ont peur d'entrer dans un camp de réfugiés contrôlé par le Tanzim pour le désarmer.

Israël admet même qu'il y a un arsenal de quelque 3000 armes dans le camp de réfugiés de Shaufat. Ce chiffre recouvre des M 16, des fusils d'assaut kalachnikov, des grenades et des IEDs (engins explosifs improvisés.).

Samedi dernier, un détachement israélien est entré de nuit dans le camp pour évaluer les dimensions d'une maison qui devait être démolie. Plusieurs dizaines de militants encerclèrent le bâtiment et firent clairement savoir qu'ils étaient prêts à mourir pour empêcher cette démolition. Voila l'atmosphère qui règne dans les banlieues palestiniennes de Jérusalem. L'armée devra revenir en nombre pour achever les préparatifs. Et à présent, il est clair que la démolition des maisons de terroristes, une mesure de représailles promise par le gouvernement israélien, nécessitera d'engager le combat contre des dizaines de militants laissés sans surveillance depuis des années.

La structure du pouvoir du Tanzim

Les responsables de la sécurité israélienne tendent à sous-estimer le terrorisme des couteaux, qui serait la preuve de l'affaiblissement des organisations terroristes palestiniennes les plus connues. Sauf que pour un musulman, le couteau est le symbole du combat pour les Lieux Saints, dans l'esprit de "l'épée de l'Islam." Les musulmans ne considèrent pas l'utilisation du couteau comme un acte de désespoir ou une forme de misère, mais comme un acte héroïque. C'est pourquoi la réduction du nombre d'incidents sur le Mont du Temple, conduisant à un apaisement des tensions religieuses, réduirait le nombre d'attaques au couteau.

Dans l'actuelle flambée de violence, les attaques au couteau ne sont que des vaguelettes dans un océan. Les statistiques des attaques de "loups solitaires" ne reflètent pas le véritable niveau de la violence qui s'est accumulée dans la rue palestinienne. Les responsables de la sécurité israélienne sont préoccupés par le risque d'un raz-de-marée massif dont le potentiel de dangerosité serait beaucoup plus important.

De fait, quand l'armée israélienne se prépare à une vague de violences durable, elle prend en considération l'éventualité qu'à tout moment, et sans avertissement préalable, des milliers de militants de la Bande Occidentale, affiliés pour la plupart aux Tanzim du Fatah, pourraient rejoindre le combat.

Dans ses premiers jours, le Tanzim était une organisation secrète composée de militants politiques locaux, d'étudiants, et de prisonniers libérés. Ils exécutaient les instructions politiques du Fatah : assurer ses activités sociales, organiser des manifestations de soutien au régime, lancer des actions violentes contre Israël. Ensuite, au cours de la seconde intifada, des militants du Tanzim commirent des attaques terroristes contre les forces de sécurité d'Israël et les civils. Par exemple l'attaque terroriste contre le kibboutz Metzer au cours de laquelle cinq personnes furent assassinées dont une mère et ses deux enfants.

La structure de base de l'organisation est toujours présente, et désormais elle constitue une "armée de l'ombre" agissant dans la rue palestinienne aux côtés des forces de sécurité de l'Autorité palestinienne (AP).

Cependant, les liens entre le sommet des Tanzim et la Moukataa de Ramallah sont plus ténus jour après jour. Les forces de sécurité d'Abbas ne peuvent pas entrer dans certains camps de réfugiés parce que les militants du Tanzim les mettent à la porte.

Il y a deux mois, lors des discussions sur la succession de Abbas, le Tanzim menaça les dirigeants du Fatah. S'il n'avait pas leur part de pouvoir dans le partage du gâteau, il pourrait lancer des attaques contre les locaux de la sécurité palestinienne et les occuper par la force.

Les militants du Tanzim sont présents sur plus de 10 districts de la Bande Occidentale. Jérusalem Est est l'un de ces districts. Chaque district est divisé en sous district, eux-mêmes divisés en banlieues, villages, etc. l'unité la plus petite est la "Jannah", qui peut être un groupe de cabanes à l'extérieur d'un village. Chacune de ces unités, du district à la "Jannah" a ses commandants. Aujourd'hui, percevant la faiblesse et l'effritement de Abbas et de son régime, ces groupes sortent armés dans la rue, en pleine lumière. C'est un acte de défi pas seulement pour l'AP, mais aussi pour Israël.

Après la seconde intifada, sous les auspices des Américains, Israël et les Palestiniens signèrent un accord d'amnistie au bénéfice des militants recherchés. L'accord stipulait que les militants du Fatah ayant combattu au sein des Brigades des Martyrs d'al Aqsa au cours de la seconde intifada cesseraient toute activité terroriste et seraient désarmés. En contrepartie, Israël cesserait de les rechercher. Ce qui fait que certains militants armés du Tanzim d'aujourd'hui sont les mêmes que ceux du passé, ceux-là mêmes qui se sont engagés à ne pas prendre des armes. Donc cet accord est réduit à rien, lui aussi.

L'incendie du Tombeau de Joseph la semaine dernière était une provocation antijuive, mais il a aussi montré à quel point les groupes militants méprisent les forces de sécurité palestiniennes. Le Tombeau de Joseph n'est qu'à 400 m à vol d'oiseau de la base centrale des forces de sécurité palestiniennes. Les auteurs de l'incendie agissaient contre les intérêts de l'AP, et juste sous son nez. Ils n'ont même pas prêté attention aux forces de sécurité palestiniennes.

Tant que les militants du Tanzim ne brandissaient pas leurs armes en public, Israël et l'AP fermaient les yeux. À présent, ils sont en train d'émerger en tant qu'acteurs significatifs, courtisés avec ferveur par la direction du Fatah. Ceux qui désirent hériter du siège de Abbas ont besoin d'avoir les divisions du Tanzim de leur côté. La montée des tensions, la situation politique d'anarchie dans la rue, sont en train de pousser les militants du Tanzim et ceux qui les courtisent à adopter des positions extrémistes, et à appeler à un conflit armé avec Israël.

Jibril Rajoub par exemple, est l'un des dix candidats à la succession de Abbas. Au tout début de la vague de violences, Rajoub exigeait que les forces de sécurité palestinienne établissent un dialogue avec Israël et désormais, cette semaine, il a tourné casaque, prenant des positions beaucoup plus extrémistes en faveur du terrorisme des couteaux, au point de rivaliser avec le Hamas à qui utiliserait la rhétorique la plus incendiaire. Rajoub désire conquérir les cœurs et les esprits du peuple palestinien expliquent les responsables israéliens, et le peuple palestinien veut du sang. Rajoub se considère comme l'un des dirigeants du Tanzim et ce genre de rhétorique lui permet de cultiver sa popularité dans la rue palestinienne.

Plusieurs successeurs potentiels de Abbas ont même formé de coalition pour mettre le Tanzim de leur côté. C'est le cas de la coalition des rivaux de Abbas, conduite par Mohamed Dahlan, où l'on trouve Yasser Abed Rabbo (l'ancien secrétaire général du comité exécutif du Fatah qui a été limogé) et Salam Fayyad (l'ancien premier ministre palestinien lui aussi limogé). Cette coalition cherche à embrigader Marwan Barghouti qui est en prison en Israël, en tant que symbole. Elle possède de l'argent en quantité, que Dahlan ramène avec lui de ses visites aux monarchies du Golfe, dans le but d'acheter la loyauté du Tanzim. Il y a aussi le groupe des alliés de Abbas, comme Majid Faraj, le chef des forces de sécurité palestiniennes, et Saeb Erekat le chef des négociateurs avec Israël.

Ils font face à d'autres candidats potentiels à la succession de Abbas, comme Muhammad al-'Alul, l'ancien gouverneur de Naplouse, l'un des membres les plus importants de la direction du Tanzim, en poste depuis la première intifada.

Tous ces candidats ont des vues sur l'organisation militante et essaient de se l'approprier. Le combat pour le Tanzim provoque des faits et gestes qui deviennent de plus en plus extrémistes.

Le forum de la Bande Occidentale d'Eisenkot

Cette semaine, Abbas a finalement réalisé le piège dans lequel il était en train de tomber. Dans une tentative désespérée pour arrêter l'escalade, il a essayé de redéfinir le combat avec un slogan : "Résistance intelligente." L'éditorial de mercredi du principal organe de l'AP, Al-Hayat al-Jadida, mettait en garde contre une situation hors de contrôle qui serait néfaste à la qualité de vie du peuple palestinien. Le terme de "troisième intifada" n'était pas mentionné.

L'ancien slogan de Abbas, "Résistance pacifique," est désormais inutilisable. Tant que la résistance ne consistait qu'en lancers de pierres, émeutes, et cocktails Molotov, Abbas pouvait féliciter les "shahids" qui commettaient ces actes. Il était en principe contre le terrorisme mais pas contre ce genre d'activité. Mais à partir du moment où l'AP a encouragé les violences de toutes sortes, elle invitait à l'escalade actuelle. Et quand les couteaux ont commencé à apparaître sans que Abbas consente à condamner les auteurs des agressions, il a été frappé en boomerang. La rue palestinienne n'accepte plus l'autorité de l'AP. Les jeunes émeutiers n'obéissent pas aux appels des forces de sécurité palestiniennes, du Hamas, ou de quiconque. C'est pourquoi la direction de l'AP parle à présent de "Résistance intelligente". C'est pour ramener les couteaux dans les cuisines, les Palestiniens risquant de payer cher cette escalade. Mais il semble que Abbas ait déjà raté le train.

Les responsables israéliens craignaient que l'allocution de Abbas devant l'Assemblée générale de l'ONU du mois dernier, un discours incendiaire, ne mette le feu à la rue palestinienne. A la veille du discours de Abbas, dans les réunions de crise du Commandement central de l'armée israélienne plusieurs scénarios de perte de contrôle de la Bande Occidentale furent évoqués.

Premier scénario : une vague d'attaques de loups solitaires introduisent dans la rue palestinienne une violence sauvage. Ce scénario, caractérisé comme un affrontement de bas niveau, se déroule actuellement.

Le second scénario partait de l'hypothèse d'une violente explosion à l'intérieur des camps de réfugiés, entraînant le Tanzim dans une lutte armée qui mettrait la Bande Occidentale à feu et à sang. C'est le scénario que craint actuellement le haut état-major de la Défense israélienne. C'est pourquoi le ministre de la Défense, Moshe Ya'alon, a donné à l'armée l'instruction de se préparer un déploiement à long terme de forces plus importantes dans la Bande Occidentale, avec la possibilité de remplacer les jeunes soldats qui y sont affectés par des réservistes de façon à permettre à l'armée de reprendre ses programmes de formation.

Les missions des réservistes sont déjà déterminées, et à partir de décembre, ils seront déployés dans la Bande occidentale. Il y a un coût pour l'utilisation des réservistes, ils feront plus d'erreur sur le terrain, mais l'armée est déjà en état d'alerte dans la Bande occidentale depuis désormais un mois, et on ne sait pas clairement jusqu'à quand. C'est pourquoi, au point où nous en sommes, l'appel aux réserves semble être une nécessité.

Confronté à un terrorisme en progression constante, l'état-major de l'armée israélienne se consacre aussi à la préparation de plans à long terme. Le chef d'état-major Gadi Eisenkot, tient au moins trois réunions par semaine avec une équipe officiers qui se sont illustrés dans le combat contre le terrorisme dans la Bande Occidentale. Parmi eux l'adjoint du chef d'état-major, le général Yair Golan qui a commandé la division de Judée et Samarie ; le chef des renseignements de l'armée, le général Herzl Levy qui a commandé la Brigade de Jénine; le chef des Opérations, le général Nitzn Alon, qui a commandé la division de Judée et Samarie et dirigé le Commandement Central , ainsi que l'actuel commandant du Commandement Central , le général Roni Numa; le Coordonnateur des actions du gouvernement dans les Territoires le général Yoav Mordechai; le chef de la Division des Opérations le Brigadier-général Aharon Haliva, qui a commandé le secteur Tulkarem-Qalquilya; et naturellement l'actuel commandant de la division Judée et Samarie, le Brigadier-général Lior Carmeli,  qui a été à la tête de la Brigade de Jénine. Sans parler du chef du Shin Bet, Yoram Cohen, et du commandant du Shin Bet du district de Jérusalem, responsable de la Bande Occidentale, qui a servi à Hébron pendant 17 ans.

L'armée envoie ainsi un message. Elle a mobilisé pour cette mission ses meilleurs spécialistes, des officiers aguerris qui ont la plus grande expérience du combat contre les Palestiniens dans la Bande occidentale. Il s'agit là d'une réponse délibérée aux tentatives de certains hommes politiques de mettre en cause les jugements des responsables de la Défense avec des idées bizarres. En voulant créer une nouvelle réalité sur le terrain face aux Palestiniens, ils risquent de provoquer une situation explosive.

Par exemple, le ministre Uri Ariel, du parti Bayit Yehudi, appelle à interrompre les transferts de fonds à l'AP. Sur le papier, c'est une proposition acceptable et logique. L'AP doit plus de 1,5 milliards de shekels à la Compagnie d'électricité d'Israël. Pourquoi paierions-nous leurs factures ? Après tout, ces fonds servent aussi à verser des traitements aux familles de terroristes.

Sauf que les responsables de l'armée qui sont en relation avec les forces de sécurité palestiniennes ont reçu un message très clair de leur part : n'essayez pas de toucher aux fonds de nos taxes. Si les fonds n'arrivent pas, il n'y aura pas d'argent pour payer les salaires des policiers. Pas de salaire ? Ces policiers ne seront pas sur le terrain, ou pire encore, ils rejoindront les rangs des Tanzim ou du Hamas.

Et c'est ce que le ministre Ariel et consorts désirent : l'anarchie.

Les responsables de la Défense se battent becs et ongles pour empêcher l'approbation d'une proposition des ministres de droite d'imposer un blocus à la Bande Occidentale. Le gouvernement a accepté les positions des responsables de la Défense. La balle est à présent dans la cour du premier ministre. Si Netanyahou cède aux pressions venant de l'extrême droite, l'armée ne sera pas en mesure d'empêcher un conflit armé dont on ne sait jusqu'où il pourrait aller.

Ce n'est pas une coïncidence si dans un discours de cette semaine, le ministre de la Défense a fait le choix de dénoncer les incitateurs, les gens de "Un prix à payer," etc. Les responsables de la Défense sont conscients de la menace possible que représente la violence juive. L'arme la plus efficace du ministre de la Défense contre les extrémistes juifs dans la Bande Occidentale est l'opinion publique israélienne qui n'accepte pas le comportement des ministres faucons et des chefs des habitants des implantations sur le terrain.

Les chefs des forces de sécurité palestiniennes ont beaucoup de difficultés en perspective pour contrôler leurs hommes. Il y a déjà eu plusieurs "rébellions" dans leur personnel de sécurité. Certains ont tenté de lancer des attaques qui ont été mises en échec. Les chefs des forces de sécurité palestiniennes demandent à Israël de réduire au minimum les dégâts dans les affrontements avec les Palestiniens, de rester en dehors de la zone A, et de ne pas leur refuser les fonds indispensables pour payer les salaires.

Des snipers plutôt que des tirs aériens.

Le 16 octobre, les forces de sécurité palestiniennes ont arrêté deux cellules terroristes : l'une appartenait au Hamas et l'autre au Front Populaire de Libération de la Palestine. Selon les renseignements obtenus par l'AP, la cellule du Hamas prévoyait une grande attaque terroriste pour chauffer à blanc la rue palestinienne et affaiblir Ramallah.

Israël n'a pas de raison de douter de la crédibilité de cette information. Un incident du même ordre s'est produit à plus grande échelle au début de l'opération Protective Edge. À l'époque, le Shin Bet avait démasqué une manœuvre du Hamas impliquant des dizaines d'agents pour commettre plusieurs attentats terroristes majeurs contre Israël et l'AP dans le but de renverser Abbas.

Le Hamas combat actuellement sur trois fronts distincts, avec une politique spécifique sur chacun d'entre eux. À Jérusalem, le Hamas s'efforce de prendre le contrôle du Mont du Temple. Dans la Bande Occidentale, il fait tout pour déclencher une action terroriste à grande échelle pour enfoncer un dernier clou dans le cercueil de l'AP telle qu'elle est aujourd'hui. Les fortes sommes d'argent qui nourrissent la propagande du Hamas, dans les médias sociaux comme dans les médias traditionnels, viennent d'Istanbul via l'état-major du Hamas en Turquie.

Saleh Al-Aruri, qui avait été exilé au Qatar par le gouvernement turc il y a quelques mois, est retourné à Istanbul avec l'accord des Turcs. Il dirige une campagne de propagande et d'incitation à la violence du Hamas avec le slogan «Poignarde, poignarde!" Ce message est tombé dans des oreilles attentives, pas seulement à Jérusalem Est ou chez les Palestiniens qui entrent illégalement en Israël, mais aussi dans la Bande Occidentale, principalement dans la zone d'Hébron, où quelques agressions au couteau se sont produites la semaine dernière.

Ces derniers jours, l'incitation à la violence venue de Turquie tente de privilégier les attaques avec des véhicules au détriment des attaques au couteau. Le Hamas pense que les attaques au couteau se sont épuisées d'elles-mêmes, bien qu'il y en ait eu dans la Bande Occidentale cette semaine, principalement dans la zone de Hébron. Les attaques avec des véhicules sont beaucoup plus efficaces. Et de fait, il y a une augmentation des attaques avec des voitures ces derniers jours.

D'un autre côté, dans la Bande de Gaza, le Hamas autorise les Palestiniens à faire monter la pression, mais il les garde sous contrôle et il empêche par tous les moyens possibles les tirs de roquettes sur Israël. Douze Gazaouis ont été tués dans des affrontements avec les forces armées israéliennes sur la barrière de séparation et lors de frappes aériennes, sans réponse du Hamas.

Le terrain est rempli de snipers de l'armée, et ces derniers jours les protestataires ne sont pas parvenus à franchir la barrière de séparation. L'armée essaie aussi de ne pas donner au Hamas des raisons de changer sa politique dans la bande de Gaza. Quand les snipers tirent de l'intérieur de la Bande et frappent un véhicule israélien, l'armée répondait en principe sur une cible par la voie des airs. Mais pour des considérations opérationnelles, l'armée a décidé de répondre par le feu des snipers. En fait, les snipers de Gaza font partie d'une organisation qui a fait scission avec le Hamas.

Le Hamas joue trois partitions différentes avec beaucoup de prudence et sans la moindre confusion. L'hypothèse de base de l'organisation est qu'Israël ne lancera pas un nouveau conflit dans la bande de Gaza pour répondre à une attaque terroriste qu'il initierait dans la Bande occidentale.

Les forces de sécurité palestiniennes n'étaient pas les seules à arrêter des agents du Hamas dans la Bande Occidentale. L'armée israélienne a conduit ses propres raid, arrêtant des militaires et des personnalités politiques. Parmi ces personnalités figure Hassan Yousef qui est considéré comme le chef local du Hamas, qu'Israël accuse d'incitation à la violence. Mais ces arrestations visent en réalité à signaler au Hamas qu'Israël est prêt à mener la vie dure à son organisation dans la Bande Occidentale, exactement comme il l'a fait pendant l'opération "Gardien de nos frères," suite au kidnapping et au meurtre de trois étudiants d'une yeshiva dans l'été 2014.

Lors d'une réunion d'analyse de la situation tenue en Israël après les arrestations, l'un des officiers a comparé les rapports avec le Hamas à la visite d'un centre de santé familiale. De temps en temps, il faut examiner des gens comme Hassan Yousef pour voir s'ils ont pris du poids, s'ils ont grandi, et où en est leur état mental. C'est une indication précieuse pour connaître le sens du vent dans la Bande Occidentale. Le problème c'est que dans ce centre de santé familiale précis, il n'y a pas de bébé innocent ni d'infirmière aimable. Les acteurs du triangle formé par Israël, la Bande Occidentale et Gaza ont déjà réalisé que l'ère des attaques au couteau pourrait très bien être considérée un jour comme une période normale en comparaison de ce que la rue palestinienne sait faire, pourrait faire et fera peut-être.


Auteur Alex Fishman 

Publié le 23 octobre 2015 par  YetNews

Traduction : Jean-Pierre Bensimon

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