lundi 15 janvier 2018

Iran : le pari de Donald Trump

En posant une alternative entre la réécriture de l'accord nucléaire et le retour des sanctions, [le président américain] trace une ligne rouge.

Le président Trump a déclaré vendredi qu'il renonçait pour la dernière fois aux sanctions liées à l'accord nucléaire iranien d'Obama. En substance, il a lancé un ultimatum au Congrès et à l'Europe pour qu'ils révisent l'accord faute de quoi les États-Unis réimposeront les sanctions et quitteront l'accord. Son dégoût pour l'accord sur le nucléaire est fondé, mais M. Trump s'expose au risque d'éprouver les conséquences de ses choix, plus que les Iraniens.

M. Trump a déclaré dans un communiqué qu'il brandissait des sanctions, "mais seulement dans le but d'obtenir le consentement de nos alliés européens pour corriger les terribles failles de l'accord nucléaire iranien". Il a ajouté: "C'est une dernière chance. En l'absence d'un tel consentement, les États-Unis ne renonceront plus à imposer des sanctions pour rester dans l'accord nucléaire. Et si à tout moment je juge que le consentement de nos alliés est hors de portée, je me retirerai immédiatement de l'accord nucléaire. Personne ne doit douter de ma parole. "

C'est ce qu'on appelle une ligne rouge, et cela signifie que si ses conditions ne sont pas remplies dans les 120 jours, M. Trump devra faire ce qu'il a dit ou nuire à sa crédibilité mondiale. Les présidents doivent prendre garde de ne pas s'enfermer dans des pièges sans issue à moins d'avoir une idée claire d'une sortie et des étapes à venir.

Est-ce que M. Trump le sait? Ce n'est pas évident. M. Trump met le doigt à juste titre sur les failles fondamentales de l'accord: les principales dispositions contraignantes seront caduques après 2023; les programmes de missiles balistiques iraniens sont hors contrôle; et le système d'inspections est inopérant. Il veut que les alliés européens qui ont également négocié l'accord - la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni - le réécrivent avec les États-Unis.

Mais l'Iran résistera surement, tout comme la Chine et la Russie. Les entreprises françaises, britanniques et allemandes ont déjà investi des milliards dans des projets ou sont en train d'en négocier avec l'Iran, et leurs dirigeants politiques répugnent à leur mettre des bâtons dans les roues. Les dirigeants européens ont fait preuve d'un silence embarrassant au moment où grondaient les manifestations contre le régime en Iran. Federica Mogherini, chef de la politique étrangère de l'Union européenne, a accueilli cette semaine les ministres des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, d'Allemagne, de France et d'Iran. Ils ont exprimé leur soutien à l'accord nucléaire, mais ils n'ont pas été très loquaces sur la répression des manifestations par Téhéran.

Si les Européens s'opposent à une renégociation nucléaire, M. Trump devra alors agir seul et imposer des sanctions américaines. Bien que celles-ci soient puissantes, pour être efficaces elles devront cibler les entreprises non-américaines qui font des affaires avec l'Iran, y compris celles de nos amis en Europe.

Certains craignent que l'Iran utilise la réimposition des sanctions américaines comme prétexte pour prendre des distances avec l'accord et se hâter de construire une bombe, mais nous en doutons. Le scénario le plus probable est que l'Iran continuera à courtiser les entreprises européennes; il tentera de séparer les États-Unis de leurs alliés et de bloquer toute nouvelle coalition antinucléaire. Les mollahs prétendent qu'ils se conformeront à l'accord même si les États-Unis le quittent.

Vendredi, M. Trump a également mis le Congrès au défi de renforcer les clauses de l'accord nucléaire en vertu de la loi américaine, probablement par une modification de la loi de 2015 sur cet accord. Il faudra 60 votes au Sénat, ce qui signifie un soutien des Démocrates. Cela permettra de tester la sincérité du chef de la minorité, Chuck Schumer, qui s'est opposé à l'accord. Mais dans le Washington polarisé d'aujourd'hui, l'esprit partisan ne s'arrête plus au bord du gouffre. M. Trump ne convaincra pas l'Europe s'il ne peut pas convaincre le Congrès.

Comme l'a dit jeudi le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, la question soulevée est celle de la politique alternative à l'accord nucléaire. La réponse est l'endiguement de l'Iran avec un objectif de changement de régime. Le peuple iranien a de nouveau manifesté son mécontentement envers le régime, et le monde devrait le soutenir. Nous appuyons une telle stratégie, mais il n'est pas sûr qu'elle soit la politique assumée de M. Trump, ni que lui et ses conseillers sachent comment s'y prendre.

Le Département du Trésor a pris le départ avec des sanctions ciblant les missiles balistiques de l'Iran, plus 14 personnalités et entités "suspectées de graves violations des droits de l'homme et d'implication dans le dispositif de censure en Iran". Parmi ces cibles, il y a le pouvoir judiciaire iranien et les cyber-unités qui empêchent les manifestants de s'organiser et d'accéder à des informations fiables. Mais M. Trump a fait preuve de réticence quand il s'est agi de contrecarrer l'aventurisme de l'Iran en Syrie et en Irak. Une politique de changement de régime ne peut pas faire dans la demi mesure.

Tout cela représente un énorme défi pour une administration qui fait déjà face à la menace nucléaire et balistique de la Corée du Nord. La stratégie la plus sûre aurait été de poursuivre la levée des sanctions et de laisser l'accord nucléaire fonctionner, tout en accentuant le soutien à tout ce qui contribue à contenir l'Iran et à saper ses initiatives sur les autres fronts. M. Trump peut maintenant dire qu'il a tenu sa promesse de campagne concernant l'Iran, mais l'élaboration d'une stratégie efficace exigera de la discipline et beaucoup plus de travail.

Titre original : Trump’s Iran Gamble

Auteur : Le Bureau éditorial du Wall Street Journal

Date de première publication : le 12 janvier 2018

Traduction : Jean-Pierre Bensimon

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